Les royaumes grecs de l’Indus

« Le visage inondé de lumière du jeune dieu perse nous est resté incompréhensible. »

Sigmund Freud [à propos de Mithra]

Au IVe siècle av. J.C., l’aventure de conquête impériale d’Alexandre de Macédoine mène la philosophie d’Aristote au-delà des plateaux d’Iran jusqu’au bassin de l’Indus. Alexandre atteint l’Hindou Kouch en 325 av. J.C.

Ce conquérant de légendes était un sacré banquier : il n’estimait pas de forteresse imprenable quand un mulet chargé d’or pouvait y monter [note 1 — Et de l’or, pris aux trésors perses, il va en ramener beaucoup, beaucoup… C’est un choc de culture considérable dans un monde grec qui connaît très peu la circulation de l’or, et qui a su construire sa puissance sur le monnayage de l’argent. On estime l’injection à plus de 300 tonnes. En outre, il est le premier grand souverain à faire frapper son portrait de profil en effigie sur ses pièces, ce qui introduit la pratique dans le monde hellénique.]. Et au passage, en s’enfonçant dans l’Empire perse au-delà de Babylone et de Persépolis, de nombreuses bibliothèques sont incendiées et de nombreuses cités sont rebaptisées du nom de l’empereur.

Et finalement, au bout du monde connu aux confins de l’Orient, en Bactriane et en Sogdiane, Alexandre retrouve d’ancestrales colonies grecques [note 2 — La plupart sont issus de communautés grecques d’Égypte ou d’Anatolie qui avaient été absorbés par l’Empire perse au VIe siècle av. J.C., et déportées par le roi. Cela dit, il semblerait que certains Grecs étaient là depuis encore plus longtemps.] ; et il trouve également la philosophie zoroastrienne. Cela dit, en revanche il rencontre une farouche résistance militaire. Alors, pour s’y installer, il fonde Alexandrie de l’Oxus en 328 av. J.C. [note 3 — Retrouvée sur le site d’Ait-Khanum dans l’actuel Afghanistan.].

Plutarque rapporte que c’est là qu’il tue l’un de ses vieux amis, le général Clitus. Lors d’une assemblée de ses 12 principaux généraux qui lui faisaient la cour, Clitus avait défié l’empereur d’une citation d’Euripide : « Hélas ! Quel gouvernement pervers les Grecs ont introduit [note 4 — La réplique d’Alexandre ne s’est pas fait attendre : « Scélérat ! Espères-tu avoir longtemps sujet de te réjouir des propos que tu tiens ?! »] ! »

Des fouilles récentes à Ulug Dépé ont identifié les sources du zoroastrisme dans la civilisation de l’Oxus. Là, au nord du bassin de l’Indus, c’est arrivé aux alentours de 1500 av. J.C.

La civilisation de l’Oxus avait trouvé son âge d’or à partir du XXIIIe siècle avant notre ère. De grands centres urbains – dont certains sont extraordinairement escarpés, étaient dotés d’infrastructures prodigieuses, de palais, de temples, de murailles en briques (mais nulle trace d’écriture à cette époque).

La civilisation s’était effondrée au XVIIIe siècle avant notre ère, et quelques siècles plus tard, vers - 1200 une nouvelle culture dite « sine sepulchro » s’était répandue : on laisse les cadavres aux vautours dans les fossés. Cette pratique curieuse semble pouvoir être attribuée à l’essor de la religion zoroastrienne primitive. C’est que, radicalement, dans cette religion monolâtre originelle qui voue un culte à la lumière, on ne pratique pas l’inhumation des morts, afin de ne pas souiller la terre. Et on ne pratique pas non plus l’incinération, pour ne pas souiller le feu.

Dans cette croyance, au-delà du pont de Chinvat (le séparateur), les défunts sont jugés, avant d’être accueillis auprès du dieu de lumière dans la maison des chants. Les corps des morts, eux, sont destinés à un puit de silence (dakhmâ) [note 5 — Par la suite les zoroastriens s’emploieront à construire réellement ces puits de silence sous forme de tours nécropoles sur les toits desquels on abandonne les corps au soleil jusqu’à blanchiment des os (« funérailles célestes »).].

Zarathoustra aurait donc vécu dans la vallée de l’Oxus aux environs du XVe siècle av. J.C. Dans sa jeunesse, il a été initié très tôt aux pratiques sacrées des hymnes védiques, de sorte que sa connaissance parfaite du Rig Veda devint vite légendaire. La légende raconte ensuite que le roi Wishtaspa de Bactriane (« celui qui connaît les chevaux ») a pris sous sa protection le brahmane Zarathoustra (« celui qui sacrifie aux astres »), pour lui permettre de créer l’ordre des magas (l’assemblée des mages [note 6 — Les prêtres zoroastriens sont donc ceux qu’on appelle des « mages », d’où : les « rois mages ».]).

Cela dit, au temps d’Alexandre, certains philosophes grecs pensent que Zoroastre aurait vécu 6000 ans avant Platon [note 7 — On trouve trace de la pensée zoroastrienne chez des philosophes grecs de l’époque classique, mais ça reste assez flou.]. D’autres disent que son protecteur fut Hystaspès – le père grec de Darius Ier – qui suivit son enseignement par un parcours initiatique (mais alors, c’est plus du tout la même époque).

Toujours est-il que les textes sacrés du zoroastrisme – l’Avesta (« l’éloge ») – portent en leur cœur les Gathas (hymnes du brahmane prophète Zarathoustra) [note 8 — L’ensemble des textes sacrés du zoroastrisme était recueilli dans une bibliothèque de 21 tomes. Hélas, une bonne partie des textes de l’Avesta a disparu dans l’incendie de la grande bibliothèque de Persépolis par Alexandre en - 330.]. Ces textes préconisent à chacun de se détourner du sacrifice de sang et de l’idolâtrie de la pierre pour aller plutôt observer dans les temples du feu les pratiques liturgiques du sacrifice avestique (yasna).

Dans cette doctrine, les hommes [note 9 — Et les femmes, qui sont leur égal (le principe est explicitement mentionné dans les Gathas qui, par ailleurs rejettent également l’esclavage et prônent le respect des animaux).] sont composés d’un corps, d’une âme (manah), d’un esprit (daena), et sont dotés d’une capacité d’arbitrage entre le bien et le mal. Leur destination est de clore la perfection du cosmos (haurvatat) par la rectitude de pensée (humata), de parole (huxta), par la culture des champs, et la procréation d’enfants. Bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions. Et si d’aventure il y a transgression du bien par l’homme juste (asharam), alors elle ne peut être réparée que par l’aveu (paititat) auprès d’un ministre du culte (athravan) formé à la direction de conscience par le grand prêtre : « l’invocateur » (zoatar) [note 10 — Le zoroastrisme proscrit la pratique de l’usure, car elle incite les emprunteurs à souiller leur parole par le mensonge.].

L’historien Strabon rapporte qu’à son arrivée en Bactriane, Alexandre, pour sa part, est révulsé de voir des os humains disputés par des chiens dans les fossés. Par conséquent, il fait rétablir la crémation et l’inhumation des morts [note 11 — Le Zoroastrisme est la religion principale de l’Empire perse depuis la montée de la dynastie Achéménide sur le trône de Babylone au milieu du VIe siècle av. J.C. L’Empire parthes se place ensuite dans cette filiation culturelle, du milieu du IIIe siècle av. J.C. au milieu du IIIe siècle apr. J.C. Et plus tard, le zoroastrisme deviendra, sous la forme du culte d’Ahura Mazda, la religion d’État de l’Empire perse sous la dynastie des Sassanides, qui faisait face à l’Empire romain en voie de christianisation, de 224 apr. J.C. jusqu’à l’instauration du Califat musulman en 651. C’est alors à ce moment que les Parsis, continuateurs de la religion zoroastre originelle, emportent avec eux le « feu sacré » dans leur exode de retour vers l’Hindou Kouch. Cela dit, pour les Parsis, Zoroastre a vécu en Perse au VIIe siècle av. J.C., peu avant la fondation de l’Empire perse par Cyrus le grand.]. Ensuite, à travers les montagnes de l’Hindou Kouch, Alexandre crée quatre nouvelles satrapies [note 12 — Division administrative de l’Empire perse.], et y fait venir des colons macédoniens.

Les Grecs se plaisent sur ces terres sèches mais luxuriantes. La garde personnelle de l’empereur (pezhetairoï : « ceux qui marchent auprès du roi »), composée de 3 000 hoplites macédoniens d’élite aux boucliers d’argent, se révèle particulièrement adaptée pour les missions commandos de guérillas nécessaires dans ce genre de contrées escarpées.

Plus à l’est encore, Alexandre passe une année et demie dans le bassin de l’Indus. Le bouddhisme y est largement pratiqué et institué. Et c’est à partir de là que des missionnaires bouddhistes grecs reviendront vers la Méditerranée porter la parole de bouddha [note 13 — Qui signifie littéralement « éveillé » puisqu’il est l’adjectif verbal de la racine budh : « se éveiller ». Les textes du bouddhisme mahayana (« le grand véhicule ») attribuent le titre de bouddha à Siddhartha Gautama, prince brahmane des Sakyas au Népal, qui était issu d’une caste de guerriers administrateurs, et qui aurait vécu au nord de l’Inde au Ve siècle avant J.C. Après 50 années de méditations, il aurait trouvé l’éveil absolu, et se serait éteint paisiblement à l’âge de 80 ans.]. On sait par exemple qu’une petite communauté bouddhiste s’est établie à Alexandrie d’Égypte [note 14 — On les appelait « les thérapeutes ». Ils vouaient leur vie à la théôria (contemplation). Et au Ve siècle apr. J.C. – au moment de la disparition de la secte – de nombreux auteurs envisagent qu’il s’agissait là de précurseurs des sectes esséniennes qui furent le berceau du christianisme.].

Après la mort d’Alexandre, les rois Séleucides grecs de Bactriane – héritiers d’Alexandre – seront bouddhistes la plupart du temps. Enfin… cette histoire n’a pas été si simple : sur ces terres orientales, l’Empire séleucide fut d’abord en guerre contre le premier grand empire de l’histoire indienne.

En effet, des berges du Gange, l’Empire maurya naissant avait gagné le bassin de l’Indus, et dans les monts de l’Hindou Kouch, les armées de Chandragupta firent face à celles de Séleucos Ier en - 305 [note 15 — La magnificence de l’Empire maurya impressionnait tous ceux qui avaient pu en témoigner. Les murs de Pataliputra – la légendaire capitale de l’Empire maurya – faisaient, dit-on, six fois la taille de ceux d’Alexandrie à la même époque. Cela dit, récemment – au début du XXe siècle –, on a retrouvé un « Traité de l’intérêt » (Arthashâstra) écrit par un ministre brahmane de Chandragupta, un certain Chânakya dit Kautilya (« le malhonnête »). Ces conseils de gouvernement adressés au souverain (svâmî) lui recommandent de placer l’artha (la mise en œuvre des moyens assurant la puissance) en primauté sur les observances du dharma.]. Et, à la fin de la bataille titanesque qui se prolongea durant deux années, Chandragupta et Séleucos conclurent la paix. L’un offrant ses plus beaux 500 éléphants de guerre blancs au couchant, et l’autre offrant sa fille en mariage au levant.

Ensuite, l’hériter de Chandragupta – l’empereur Ashoka – se convertit au bouddhisme en - 260. Et dès lors il décide d’envoyer de nombreux missionnaires bouddhistes aller convertir les Grecs. On appelle ainsi Yavanas [note 16 — Les « Ioniens ».] les Grecs bouddhistes de l’Empire séleucide.

Cela dit, avec l’indépendance de la Bactriane grecque obtenue en - 250, lorsque survient la mort d’Ashoka le Grand en - 230, les rois grecs bactriens entreprennent de reconquérir la totalité du bassin de l’Indus à partir de - 190. Et une fois la chose faite, les civilisations grecque et indienne s’y mélangèrent pendant plus d’un siècle.

Ce petit royaume grec à la capitale citadelle aux murailles blanches jouera un rôle déterminant dans les rivalités religieuses qui agitaient le brahmanisme sur le continent indien à cette époque : au milieu du IIe siècle av. J.C., le roi indo-grec Ménandre Ier est ainsi le saint patron – dernier rempart protecteur – des moines bouddhistes persécutés par le roi brahmane Pushyamitra, héritier de l’Empire maurya.

Dans ce royaume indo-grec légendaire, un art greco-bouddhique fascinant se développe à Gandhâra. On y trouve les premières statues « humaines » de Bouddha, vêtu de l’himation [note 17 — Vêtement typique de la culture hellénique, que les Romains appelleront pallium.] ; et le style des colonnes dites « corinthiennes » y apparaît [note 18 — Des bouddhas entre les volutes ! D’autres y placeront des conques.]. La civilisation est prospère. Les monnaies frappées par Ménandre portent la mention « roi sauveur » (basileos soteros menandrou), et sur certaines pièces figure la roue du dharma (loi éternelle), en compagnie du symbole grec de la victoire : niké. Chez ses successeurs, certaines pièces représentent le souverain faisant avec la main droite la mudrâ, symbole de l’enseignement du dharma (« sceau, signe » dont la fonction est d’apposer un cachet sur la parole ou l’acte afin de lui conférer une autorité spirituelle et une efficacité magique).

Le royaume grec en Inde survivra jusqu’au tout début du Ier siècle après Jésus Christ : il disparaît aux alentours des années 10 à 30 sous le coup des invasions Parthes. Mais à ce moment-là, le bouddhisme a déjà repris de la vigueur, il est « sauvé ». Et la culture greco-bouddhique continuera encore à rayonner pendant quelques siècles ; contribuant ainsi à l’essor du bouddhisme mahayana.

Un groupe de philosophes et de savants (dont le sceptique Pyrrhon, le cynique Onésicrite, et l’historien Mégasthène) avait accompagné Alexandre jusqu’au bassin de l’Indus. Ils discutaient avec leurs homologues locaux, des guru samnyâsin (« guides spirituels renonçant ») qu’ils appelaient « les philosophes nus ». Ils les catégorisaient comme gymnosophistes (on trouve mention de ce terme déjà chez certains présocratiques), mais enfin, leurs pratiques laissent les Grecs un peu confus. Notamment, on rapporte que l’un d’eux – nommé Calanos –, se serait jeté dans un bûcher en sacrifice sous les yeux d’Alexandre pour faire démonstration de sa doctrine de détachement… Nonobstant, Mégasthène distingue déjà dans les cultures védiques les brahmanes et les shramanes (moines mendiants des cultes jaïnistes et bouddhistes). Et on retrouvera cette partition chez Strabon.

Pourtant, manifestement, la plupart des érudits occidentaux contemporains n’y voient pas clair dans les civilisations indiennes ; elles sont très largement ignorées [note 19 — Hérodote – qui est né sur les rives ioniennes dans l’Empire perse avant de voyager aux côtés de Périclès – rapporte que Darius Ier, avant la bataille de Marathon, fait se rencontrer une délégation de Grecs et une délégation d’Indiens. Les Indiens sont horrifiés du fait que les Grecs mettent le feu à la dépouille de leurs parents, et d’autre part les Grecs sont horrifiés du fait que les Indiens qui se présentent a priori comme végétariens puissent manger en signe de respect la dépouille de leurs parents. L’empereur perse faisait face au problème d’unifier les pratiques culturelles des peuples de son empire. Toujours est-il que les Grecs savaient que l’essentiel de la richesse de l’empereur perse lui venait des tributs payés par les satrapies les plus orientales de son empire. Les royaumes d’Inde étaient perçus comme des terres légendaires pleines de merveilles fantastiques.]. Certains témoignent des liens d’avec ceux qu’on appelle en philosophie les gymnosophistes. Ce sont en effet des disciples de brahmanes sadhou (« saint homme ») qui vont par les chemins presque nus, et qui soutiennent que l’accès à la vérité par-delà l’illusion passe par des pratiques corporelles ascétiques rigoureuses : récitations de mantras [note 20 — Par exemple, le mantra de la compassion : « Om mani padme hum ».], rituels magas, contrôle du souffle, abstinence sexuelle, vœux de silence, méditations, mortifications, etc. Mais personne dans la culture hellénique classique ne parle de brahmanes avant qu’Alexandre le Grand ne rejoigne les rivages du bassin de l’Indus.

Et pourtant, le péripatéticien Socrate pratiquait le brahmanisme deux siècles auparavant, ça ne fait aucun doute. Mais tout se passe comme si quelque chose avait été oublié quant aux origines brahmaniques de ces pratiques de recherche de sagesse. Certes, pour la recherche de vérité, Socrate ne pratique pas tellement la méditation mais plutôt le dialogue. Cela semble n’avoir a priori rien à voir avec Bouddha. Et pourtant, ses activités sont typiquement brahmaniques, sacrifice (de soi) y compris.

Comme par un effet miroir historiographique, il semblerait que la représentation que le platonisme se fait des pratiques brahmaniques soit plutôt représentative de l’opinion aristocratique grecque de son temps (pour exemple, même si Plutarque au début du IIe siècle décrit bien les cultures védiques dans sa Vie d’Alexandre, par contre, dans la tradition platonicienne, le très érudit saint Jérôme au IVe siècle pensait encore que Bouddha était le chef de file d’une secte gymnosophiste grecque dans le Péloponnèse). On constate plutôt un mélange d’amusement, et de déni de la part des gens « sérieux ». Les académiques grecs considèrent ces gymnosophistes un peu comme les poètes : ce sont des sortes de menteurs illusionnistes charmants de qui on attend qu’ils se tiennent à l’écart des affaires politiques car ce serait dangereux pour la cité.

Reste qu’en toute cohérence, nombre des traits de sagesses stoïciens les plus profonds viennent indubitablement du bouddhisme [note 21 — Ils doivent probablement quelque chose au Milindapanha (traité qui relate les entretiens du roi Ménandre Ier avec le sage éveillé Nagasena). Il faut noter également par ailleurs l’existence dans le monde romain de quelques philosophes voyageurs formés aux sagesses brahmaniques sur les rives du bassin de l’Indus (Le médecin pythagoricien Apollonios de Tyane au Ier siècle apr. J.C. par exemple. Bien après sa mort, l’empereur Hadrien tentera de réunir les écrits de ce philosophe brahmane).].

Autre illustration, chez Platon : la fameuse allégorie de la caverne [note 22 — Cf. La République, Livre VII.] amenant la distinction des apparences nominales d’avec les essences réelles, et dont l’écriture lui a été inspirée par un rituel orphique à mystère, auquel il a été initié durant l’un de ses voyages en Sicile. L’initié, tel Orphée, descendait dans les ténèbres avant de retrouver la lumière du jour (catabase/anabase). Le culte organisait ainsi des séances d’apparitions visant à briser les métempsychoses établies [note 23 — C’est une conception pythagoricienne de l’extase liée aux doctrines palingénésiques égyptiennes et bouddhistes (réincarnation). Elle implique des déplacements des âmes et des reproductions à travers les corps dont elles prennent possession (éventuellement par parties : par l’epithumia (appétit) / par le thumos (volonté) / par le logistikon (raison)).], afin de préparer les sujets vivants au voyage libre dans le monde des morts.

Mais enfin, Aristote rompt avec ces « mythes pythagoriciens » de la métempsychose, en affirmant l’unité indivisible de l’esprit et du corps liés comme la forme et la matière. La pratique gouvernementale par les images est par là même réhabilitée. C’est une implication invisible qui aura des conséquences ultérieures considérables.