L’hégémonie culturelle grecque
« La véritable pensée de l’Histoire n’apparaîtra qu’aux peu nombreux. »
Martin Heidegger
Par un usage extensif de la circulation monétaire à l’âge du fer, la suprématie commerciale de la Grèce antique va lui permettre de construire une véritable hégémonie culturelle, qui trouve son apogée au milieu du premier millénaire avant notre ère.
Les cités grecques ont alors dominé l’Antiquité occidentale pendant des siècles, et elles vont marquer l’histoire si fort que cela va poser les bases de la définition même de la culture occidentale.
À travers toute la Méditerranée, les banquiers changeurs des cités comptoirs grecques étaient maîtres en matière d’intermédiation monétaire et financière. Ils changeaient toutes les monnaies dans la leur. Parce que, les cités grecques de l’Antiquité étaient ouvertes, c’étaient des lieux de conversion. Ainsi le commerce grec dans l’Antiquité a été la clé de voûte de l’hellénisation du bassin méditerranéen [note 1 — L’organisation typique des portes d’accès aux moyens de paiement dans la cité grecque c’était :– le fonctionnaire (au service de l’archonte),– le producteur (fermier artisan commerçant),– le guerrier (hoplite mercenaire).].
La domination est une affaire de style, et pour le coup, ce qui demeure encore aujourd’hui dans la culture occidentale, c’est l’hégémonie culturelle du classicisme hellénique.
Dans cette culture, la paideia est la forme du sujet attendue chez un bon citoyen grec. Ce corpus de connaissances attendues, manifestées dans un ethos de comportement, se construit par l’instruction et l’expérience des difficultés de la vertu.
Par la suite, il faut le souligner, dans la Rome antique hellénisée, la connaissance de la bonne pratique des civilités romaines était la clé qui ouvrait toutes les portes. Tout comme dans les récits homériques (et les pièces de Shakespeare), la qualité de l’expression linguistique d’un personnage venait refléter idéalement son statut social. Le système censitaire romain venait refléter de manière urbaine ce principe esthétique. Pour les autres, on pensait habituellement qu’il fallait se méfier, parce que « on ne sait jamais d’où ils peuvent sortir. »
Cela dit, dans leur rapport aux étrangers, ce sont les Romains qui utilisèrent jusqu’à la banalité le terme d’origine grec « barbare » pour désigner un non citoyen non romanisé (barbaricum), et originaire des terres de Germanie tant qu’à faire [note 2 — Le « barbare » est bruyant, malodorant, poilu, enduit de beurre et buveur de bière. L’exact inverse d’un citoyen romain qui se rase, se couvre d’huile d’olive, et boit du vin.]. Et c’est par là qu’en opposition, ils définirent le terme humanitas.
Et puis, ces deux civilisations de l’Antiquité hellénique fondatrices de la culture occidentale avaient des systèmes d’assujettissements monétaires différents, respectivement en liens avec leurs façons différentes d’occuper des territoires. Les Grecs ont développé un système d’assujettissement monétaire exogène, la monnaie servait à la circulation extérieure, la civilisation était plus marchande que militaire. Alors que les Romains ont développé un système d’assujettissement monétaire endogène, la monnaie servait l’ordre intérieur, la civilisation était plus militaire que marchande.