Les portes d’accès aux moyens de paiements
« Le système des paiements est en surplomb des individus qui, en tant que sujets économiques, sont soumis aux règles monétaires. La notion de souveraineté, incarnée en économie par l’autorité monétaire, ne peut être expulsée de l’économie de marché. Elle y est omniprésente et figure parmi les postulats. »
Jean Cartelier (2019)
Dans une transaction monétaire, y’a celui qui donne de l’argent et celui qui le reçoit. Ce n’est pas qu’un simple échange sans reste. Car la transaction monétaire est un processus d’accréditation. L’offreur de monnaie accrédite. Le demandeur de monnaie valide l’accréditation par la conformité de son comportement aux attentes de l’offreur. Et la transaction est réalisée.
L’offreur de monnaie accrédite. Il prête, il achète, il paye. Il livre des moyens de paiement pour obtenir un ordre des choses dans le monde. L’offreur de monnaie attend, en échange de ses liquidités, une certaine mise en ordre des choses. Et l’air de rien, il y place ses valeurs structurant ses attentes. Mais ces attentes sont structurelles et le traversent, car elles le motivent à faire bien plus que de donner sa propre parole, elles le motivent à livrer un effet représentatif de la parole du souverain. Par là même, les offreurs de monnaie sont des figures du souverain : les attentes à satisfaire sont celles du souverain.
Au premier rang des offreurs de monnaie se trouve le banquier. Le banquier est un investisseur, mais un investisseur un peu particulier. Il s’investit dans la fourniture de puissance pour le souverain ; en l’occurrence, depuis l’âge du bronze, il s’investit dans la fourniture d’un stock de métal, afin de se porter au premier rang des fournisseurs de la machine de guerre du souverain.
Au second rang on trouve ceux qui ont un accès direct au crédit du souverain. Ses composantes sont des figures du souverain, des acteurs de la décision économique souveraine, des citoyens, des investisseurs, des consommateurs. Ils prennent ce que nous – modernes – appelons des libres décisions ; ce qui, en fait signifie qu’ils ont à en assumer la responsabilité.
Ces figures sont des rôles économiques auxquels les sujets individuels peuvent éventuellement accéder. Ils trouvent alors cette accréditation de leur rôle en se présentant dans un ordre conforme aux attentes du souverain, bien en rangs, devant les portes d’accès aux moyens de paiement. Ils se font par-là même demandeurs de monnaie.
Le demandeur de monnaie, lui, s’assujettit pour avoir accès aux moyens de paiement. En effet, pour valider leurs activités, leurs actions et leurs paroles, les sujets individuels sont en recherche d’accréditation. C’est leur passion fixe. Et les flux monétaires rentrants vont satisfaire cette quête de validation sociale (« se sentir à sa place », « avoir sa part du gâteau »). Mais pour ça, il leur faut satisfaire les attentes des figures du souverain.
Pour être reconnu et accrédité par le souverain, pour accéder à l’autorité, à la fonction, à la charge, au poste, pour que le souverain fasse l’honneur de confier une mission, une délégation, une représentation, il faut satisfaire les attentes du souverain (ou plutôt satisfaire aux nécessités de la souveraineté, c’est-à-dire qu’il faut satisfaire la raison d’État). Cette satisfaction des attentes justifie et valide le processus d’accréditation.
Ainsi se réalise l’assujettissement monétaire. Pour ça, les sujets individuels doivent s’insérer et s’intégrer dans des réseaux de ruissellement des moyens de paiements. Ils doivent se présenter devant les portes d’accès aux moyens de paiements.