Renaissance des cités-États
« Les temps difficiles créent des hommes forts. Les hommes forts créent des périodes de paix.
Les périodes de paix créent des hommes faibles. Les hommes faibles créent des temps difficiles. »
Ibn Khaldoûn (1332-1406)
À partir du XIe siècle, l’assolement triennal et la multiplication des moulins à eau provoquent un essor économique [note 1 — Un moulin accomplit en moyenne le travail d’une quinzaine d’hommes.]. Du Xe au XIIIe siècle, la population d’Occident s’accroît fortement. Les villes se développent. Les anciens réseaux de voies romaines sont renouvelés : sentiers, charrières, grands chemins et grands routes reconfigurent les réseaux routiers de transports, selon les nécessités de la géopolitique morcelée du haut Moyen Âge. Les ferrages en tous genres équipent de plus en plus les moyens de transport.
Du latin superus émerge le mot « souverain » pour désigner la dignité de sommet, le jugement de dernier ressort, et le pouvoir territorial du suzerain.
Quelque chose arrive à la conscience de soi, l’humanisme va bientôt rentrer en scène.
Au niveau des conditions matérielles d’existence, l’or en circulation se fait relativement rare à l’époque en Occident. Or justement, au XIIe siècle l’économie moyenâgeuse redevient progressivement monétaire et la question du prêt à intérêt ressurgit. L’Église continue d’interdire la pratique de l’usure, mais les débats scolastiques se multiplient autour du thème du « vol du temps » (notamment par la reprise de la critique de la chrématistique par Aristote).
C’est que, les banquiers contournent l’interdiction de l’usure en surchargeant les pénalités de retards sur les échéances. Et puis, l’essentiel de l’activité bancaire au Moyen Âge se fait sur le change de devises (entre florins et thalers par exemple) où le jeu de la négociation offre de fréquentes opportunités de bénéfices.
Progressivement, au XIIIe siècle renaît une conception romaine de la dette. Les arguments de saint Thomas d’Aquin viennent participer à restaurer la moralité du prêt intéressé. Le terme usure tombe en désuétude et le terme « intérêt » s’impose ; du latin intere : « se perdre », en référence au manque à gagner du prêteur, qui est tout aussi bien le risque qu’il prend.
Mais sous le mouvement historique homogène d’une remonétisation et d’une refinanciarisation des transactions, des différences structurent le cours bouillonnant des choses en Occident. Alors que le XIIIe siècle italien au sud voit s’affirmer la domination aristocratique de familles marchandes, le XIIIe siècle germanique au nord pour sa part, sous le coup d’une évangélisation décentralisée mais renforcée et élargie, voit émerger de puissantes guildes maritimes de marchands au sein des bourgs bordant la mer du Nord, de plus en plus autonomes des pouvoirs aristocratiques.
À l’aube du XIVe siècle, les principales capitales d’Europe émergent : Rome, Venise, Gênes, Florence, Milan, Vienne, Prague, Tolède, Barcelone, Toulouse, Paris, Genève, Bruges, Anvers, Amsterdam, Cologne, Londres… Elles esquissent le réseau d’un commerce à grande distance entre les différents royaumes du continent ainsi qu’au sud, à travers les villes d’Italie, vers le bassin méditerranéen.
C’est dans ce cadre que vont apparaître à la fois, la civilisation bourgeoise libérale, le concept politique de société civile, la doctrine économique capitaliste, et la culture humaniste.
Quelques processus historiques décisifs jalonnent l’histoire de cette éclosion :
– la formation de la Hanse,
– la Confédération suisse,
– et la Renaissance italienne.