La chrétienté : le grand orgue et l’imagination du temps
« Il est très surprenant que les richesses des gens d’Église
aient commencé par le principe de pauvreté. »
Charles Louis de Secondat, baron de Montesquieu
Au Ier siècle de notre ère, la population totale vivant sur le globe est à peu près de 200 millions d’individus. Mille ans avant, elle était de 100 millions, et en l’an mille, elle sera de 300 millions. Dans les perspectives millénaires, en amont comme en aval, au début de « notre ère », quelque chose est profondément stabilisé dans son organisation.
Et pourtant, à Jérusalem survient un évènement symbolique qui fonde une nouvelle mesure du temps en Occident, un nouveau référentiel de coordonnées, un nouveau souffle… Toute date énoncée aujourd’hui – notamment pour situer l’instant d’une transaction financière en Occident – est énoncée en référence à cet évènement, d’après Lui.
Le temps occidental est dès lors orienté. Il commence avec la naissance du Christ sous le règne d’Auguste. Et ce qui lui donne son sens, c’est la crucifixion à Jérusalem [note 1 — Le 3 avril 33.], qui ouvre le temps de l’attente du retour du roi-sauveur, le messie. Le jugement dernier marque ainsi la vision de la fin du temps. La chrétienté rêve de réconciliation dans l’harmonie « retrouvée » (théose).